Quelles sont les caractéristiques d’un poème en prose ? pouvez vous le différencier d’une poésie en prose ?

6 Answers

  • Je vois de moins en moins l’intérêt de copier-collier d’interminables pages sur la poésie en général, qui ne répondent pas précisément à la question posée, et surtout après que la bonne réponse a été donnée. Cette réponse, rappelons-le, est: poème et poésie (au sens de texte poétique) sont synonymes, le poème en prose adapte dans la prose, en se libérant quelque peu du vers, les principaux procédés d’écriture de la poésie.

  • POÈME EN PROSE : Morceau de prose présentant les principales caractéristiques de la poésie, caractéristiques qui le séparent des autres genres littéraires en prose : la brièveté, l’autonomie (souvent sanctionnée par la présence d’un titre), la densité du travail de la forme (agencement des mots, choix des figures, jeux du rythme et des sonorités), une vocation d’abord lyrique (transmission d’un état poétique, dont l’auteur est supposé avoir fait l’expérience personnelle) avant d’être éventuellement narrative, descriptive ou argumentative.

  • La poésie est un genre littéraire très ancien aux formes variées, écrites généralement en vers, mais qui admet aussi la prose, et qui privilégie l’expressivité de la forme, les mots disant plus qu’eux-mêmes par leur choix (sens et sonorités) et leur agencement (rythmes, métrique, figures de style).

    Sa définition se révèle difficile, et varie selon les époques, au point que chaque siècle peut lui trouver une fonction et une expression différente aussi d’un poète à l’autre. Le terme « poésie » et ses dérivés viennent du grec ancien ποίησις, et s’écrivait, jusqu’en 1878 poësie (le tréma marquait une disjonction entre les voyelles o et e). ποιεῖν (poiein) signifie « faire, créer » : le poète est donc un créateur, un inventeur de formes expressives, ce que révèlent aussi les termes du Moyen Âge, comme trouvère et troubadour. Le poète, héritier d’une longue tradition orale, privilégie la musicalité et le rythme, d’où, dans la plupart des textes poétiques, le recours à une forme versifiée qui confère de la densité à la langue. Le poète recherche aussi l’expressivité par le poids accordé aux mots comme par l’utilisation des figures de style et au premier chef des images et des figures d’analogie, recherchées pour leur force suggestive.

    La poésie s’est constamment renouvelée au cours des siècles avec des orientations différentes selon les époques, les civilisations et les individus. On peut par exemple distinguer le poète artiste soucieux d’abord de beauté formelle, le poète « lyrique » qui cultive le « chant de l’âme », le poète prophète, découvreur du monde et « voyant » ou le poète engagé, sans cependant réduire un créateur à une étiquette simplificatrice1.

  • Une poésie, c’est un terme un peu impropre pour dire un poème.

    Autrement dit, un poème ou une poésie, c’est la même chose.

  • quand il a du rose forcement

  • 1) POEME /¨POESIE

    La poésie (la graphie ancienne était poësie) est un genre littéraire très ancien aux formes variées qui se constitue aussi bien en vers qu’en prose et dans lequel l’importance dominante est accordée à la « forme », c’est à dire au signifiant. La poésie est un art du langage qui fait une utilisation maximale des ressources de la langue : le travail sur la forme démultiplie la puissance de la signification.

    Le mot poésie vient du grec ποιεῖν (poiein) qui signifie « faire, créer » ; le poète est donc un créateur, un inventeur de formes expressives, ce que révèlent aussi les termes du moyen âge trouvère et troubadour.

    Dans l’Antiquité grecque toute expression littéraire est qualifiée de poétique, qu’il s’agisse de l’art oratoire, du chant ou du théâtre : tout « fabricant de texte » est un poète comme l’exprime l’étymologie. Les philosophes grecs cherchent à affiner la définition de la poésie et Aristote dans sa Poétique identifie trois genres poétiques : la poésie épique, la poésie comique et la poésie dramatique. Plus tard les théoriciens de l’esthétique retiendront trois genres : l’épopée, la poésie lyrique et la poésie dramatique (incluant la tragédie comme la comédie), et l’utilisation du vers s’imposera comme la première caractéristique de la poésie, la différenciant ainsi de la prose, chargée de l’expression commune que l’on qualifiera de prosaïque.

    Le mot poésie évoluera encore vers un sens plus restrictif en s’appliquant aux textes en vers qui font un emploi privilégié des ressources rhétoriques, sans préjuger des contenus : la poésie sera descriptive, narrative et philosophique avant de faire une place grandissante à l’expression des sentiments.

    En effet, première expression littéraire de l’humanité, utilisant le rythme comme aide à la mémorisation et à la transmission orale, la poésie apparaît d’abord dans un cadre religieux et social en instituant les mythes fondateurs dans toutes les cultures que ce soit avec l’épopée de Gilgamesh, (3e millénaire avant JC) en Mésopotamie, les Vedas, le Ramayana ou le Mahabharata indiens, la Bible des Hébreux ou l’Iliade et l’Odyssée des Grecs.

    Parallèlement à cette poésie épique des origines constituée de texte longs et narratifs, existe une poésie liturgique qui renvoie à la célébration divine par le poète inspiré dont les sociétés ritualiseront les textes sous forme de psaumes, d’hymnes, de sourates… . Dans un espace plus sécularisé se développeront aussi, en prenant appui sur le chant, l’élégie et la tragédie qui expriment le cœur et le destin des hommes. S’ajoutera sans doute en même temps le jeu sur le mots avec les comptines, les berceuses et autres créations ludiques qui donneront par exemple le nonsense anglosaxon.

    La poésie est marquée par l’oralité et la musique de ses origines puisque la recherche de rythmes particuliers, comme l’utilisation des vers, et d’effets sonores, comme les rimes, avait une fonction mnémotechnique pour la transmission orale primitive. Cette facture propre au texte poétique fait que celui-ci est d’abord destiné à être entendu plutôt qu’abordé par la lecture silencieuse.

    Placées sous l’égide d’Orphée et d’Apollon musagète, dieu de la beauté et des arts, et associées à la muse Erato, musique et poésie sont également étroitement liées par la recherche de l’harmonie et de la beauté, par le Charme, au sens fort de chant magique. La création poétique hésitera cependant constamment entre l’ordre et l’apaisement apolliniens qu’explicite Euripide dans Alceste :  » Ce qui est sauvage, plein de désordre et de querelle, la lyre d’Apollon l’adoucit et l’apaise  » et la  » fureur dionysiaque  » qui renvoie au dieu des extases, des mystères, des dérèglements et des rythmes des forces naturelles que l’on découvre par exemple dans le Dithyrambe de l’Antiquité grecque.

    Fonction poétique [modifier]

    Article détaillé : fonction poétique.

    En linguistique, la poésie est décrite comme un énoncé centré sur la forme du message donc où la fonction poétique est prédominante. Dans la prose l’important est le « signifié », elle a un but  » extérieur  » (la transmission d’informations) et se définit comme une marche en avant que peut symboliser une flèche et que révèle la racine latine du mot qui signifie  » avancer « . En revanche, pour la poésie, l’importance est orientée vers la  » forme « , vers le signifiant, dans une démarche  » réflexive « , symbolisée par le  » vers  » qui montre une progression dans la reprise avec le principe du retour en arrière (le vers se  » renverse « ) que l’on peut représenter par une spirale.

    La poésie ne se définit donc pas par des thèmes particuliers mais par le soin majeur apporté au signifiant pour qu’il démultiplie le signifié : l’enrichissement du matériau linguistique prend en effet en compte autant le travail sur les aspects formels que le poids des mots, allant bien au delà du sens courant du terme  » poésie  » qui renvoie simplement à la beauté harmonieuse associée à une certaine sentimentalité. L’expression poétique offre cependant au cours de l’Histoire des orientations variées selon la dominante retenue par le poète.

    L’écriture poétique

    L’invention poétique produite par le jaillissement de l’inspiration et la connexion privilégiée du poète avec l’indicible qui le conduit au delà du prosaïque repose également sur la maîtrise technique des formes savantes, et les poètes ne cesseront de débattre de l’importance relative de ces deux composantes. De fait, l’écriture poétique réside dans l’enrichissement du matériau linguistique complet, en prenant en compte à la fois le sens et le son, d’où une mise en page spécifique (le plus souvent), une densité particulière des mots avec des procédés de mise en valeur et d’expressivité, et une prise en compte des rythmes et des sonorités.

    Le vers

    La mise en page du texte poétique est traditionnellement fondée sur le principe du retour et de la progression dans la reprise que figure l’utilisation du vers (régulier ou non), même s’il existe des formes métissées comme le poème en prose ou la prose poétique qui reprennent les caractéristiques du texte poétique (d’où leur dénominations) comme l’emploi des images et la recherche de sonorités ou de rythmes particuliers. Ces vers sont souvent regroupés en strophes et parfois organisés dans des poèmes à forme fixe comme le sonnet ou la ballade.

    Calligramme – Apollinaire

    La poésie métrée utilise des vers définis par le nombre de leurs syllabes comme l’alexandrin français, alors que la poésie scandée joue sur la longueur des pieds (et sur leur nombre) comme dans l’hexamètre dactylique grec et latin, ou sur la place des accents comme dans le pentamètre iambique anglais. Les poètes modernes se libèrent peu à peu de ces règles : par exemple les poètes français introduisent dans la deuxième moitié du XIXe siècle le vers libre puis le verset, et en remettant aussi en cause les conventions classiques de la rime qui disparaît largement au XXe siècle. Des essais graphiques plus marginaux ont été tentés par exemple par Mallarmé ( » Un coup de dé … « ), Apollinaire (Calligrammes) ou Pierre Reverdy, en cherchant à parler à l’œil et plus seulement à l’oreille, tirant ainsi le poème du côté du tableau.

    La musicalité

    L’origine orale et chantée de la poésie qu’évoquent la lyre d’Apollon ou la flûte d’Orphée marque l’expression poétique qui se préoccupe des rythmes avec le compte des syllabes (vers pairs/ vers impairs –  » e muet  » …) et le jeu des accents et des pauses (césure – enjambement …). La poésie exploite aussi les sonorités particulièrement avec la rime (retour des mêmes sons à la fin d’au moins deux vers avec pour base la dernière voyelle tonique) et ses combinaisons de genre (rimes masculines ou féminines), de disposition (rimes suivies, croisées …) et de richesse. Elle utilise aussi les reprises de sons dans un ou plusieurs vers (allitérations et assonances), le jeu du refrain (comme dans la ballade ou le Pont Mirabeau d’Apollinaire) ou la correspondance entre le son et le sens avec les harmonies imitatives (exemple fameux :  » Pour qui sont ces serpents…  » – Racine) ou les rimes sémantiques (automne/monotone).

    Le poids des mots

    MallarméLe poète exploite toutes les ressources de la langue en valorisant aussi les mots par leur rareté et leur nombre limité : on parle parfois de  » poésie-télégramme  » où chaque mot  » coûte  » comme dans le sonnet et ses 14 vers ou dans la brièveté extrême du haïku japonais de trois vers. L’enrichissement passe aussi par la recherche de sens rares et de néologismes (par exemple  » incanter  » dans Les sapins d’Apollinaire, qui, « graves magiciens //Incantent le ciel quand il tonne « , ou  » aube  » associé aux Soleils couchants par Verlaine), par les connotations comme l’Inspiration derrière la figure féminine dans Les Pas de Paul Valéry (« Personne pure, ombre divine,/ Qu’ils sont doux, tes pas retenus ! « ) ou par des réseaux lexicaux tissés dans le poème comme la religiosité dans Harmonie du soir de Baudelaire. Le poète dispose d’autres ressources encore comme la place dans le vers ou dans le poème ( » trou de verdure  » dans le premier vers du Dormeur du val de Rimbaud auquel répondent les  » deux trous rouges au côté droit  » du derniers vers) ou les correspondances avec le rythme et les sonorités (« L’attelage suait, soufflait, était rendu. …  » – La Fontaine, Le Coche et la mouche ) …

    Le poète joue également de la mise en valeur des mots par les figures de style comme les figures d’insistance comme l’accumulation, le parallélisme ou l’anaphore (exemple : « Puisque le juste est dans l’abîme, /Puisqu’on donne le sceptre au crime, / Puisque tous les droits sont trahis, / Puisque les plus fiers restent mornes, /Puisqu’on affiche au coin des bornes / Le déshonneur de mon pays… « , Hugo – Les Châtiments, II,5), les figures d’opposition comme le chiasme ou l’oxymore ( » le soleil noir de la Mélancolie  » – Nerval), les ruptures de construction comme l’ellipse ou l’anacoluthe ( » Exilé sur le sol au milieu des huées, /Ses ailes de géant l’empêchent de marcher « , Baudelaire – L’albatros) et bien sûr les figures de substitution comme la comparaison et la métaphore, (de Ronsard et Du Bellay à Jacques Prévert ou Eugène Guillevic en passant par Hugo, Apollinaire, les Surréalistes et bien d’autres). L’emploi de l’image est d’ailleurs repéré comme une des marques de l’expression poétique ; un seul exemple emblématique de métaphore filée en rendra compte :  » (Ruth se demandait …) Quel Dieu, quel moissonneur de l’éternel été / Avait, en s’en allant, négligemment jeté / Cette faucille d’or dans le champ des étoiles », (Victor Hugo – Booz endormi).

    Les grandes orientations de la poésie

    La définition de genres poétiques a toujours été discutée en débattant de critères formels et/ou de critères de contenu (d’objet) et, par ailleurs, la poésie moderne en faisant éclater les genres traditionnels (poésie lyrique, épique, engagée, spirituelle, narrative, descriptive…) et en devenant une expression totalisante et libre rend encore plus difficile la catégorisation.

    Cependant, sans s’enfermer trop dans la terminologie formaliste, on peut observer des « dominantes » clés dans l’expression poétique (Roman Jakobson définissant la dominante comme  » l’élément focal d’une oeuvre d’art  » qui gouverne, détermine et transforme les autres éléments (voir Claude Compagnon[1]). L’opposition la plus simple se fait entre une orientation vers la forme (orientation  » esthétique « ) et une orientation vers le contenu (orientation  » sémantique « ), évidemment sans exclusion de l’autre puisque d’une part il y a sens dès qu’il y a mots et que, d’autre part, il y a expressivité formelle sans cela il n’y aurait pas écriture poétique. Cette dernière orientation multiple et complexe est parfois dite aussi  » ontologique « (comme par Olivier Salzar[2]), parce que renvoyant  » au sens de l’être considéré simultanément en tant qu’être général, abstrait, essentiel et en tant qu’être singulier, concret, existentiel  » (TCF). Son champ très vaste peut à son tour être subdivisé en trois dominantes (définies par le modèle du signe présenté par Karl Bühler :  » Le signe fonctionne en tant que tel par ses relations avec l’émetteur, le récepteur et le référent « [3]. Ces trois dominantes, là encore non exclusives, sont la dominante  » expressive  » ou  » émotive  » ou lyrique, au sens étroit, tournée vers le moi du poète, la dominante  » conative « , orientée vers le destinataire que le poète veut atteindre en touchant sa conscience et sa sensibilité comme dans la poésie morale et engagée, et la fonction  » référentielle « , tournée vers un  » objet  » extérieur, vers le chant du monde dans des perceptions sensibles, affectives ou culturelles comme dans la célébration ou la poésie épique où le poète rend sensible la démesure des mythes.

    Mais ce découpage n’est qu’un éclairage : la poésie, plus que tout autre genre littéraire, pâtit de ces approches des  » doctes  » alors qu’elle est d’abord la rencontre entre celui qui, par ses mots, dit lui-même et son monde, et celui qui reçoit et partage ce dévoilement. En témoigne par exemple une oeuvre inclassable comme Les Chants de Maldoror de Lautréamont.

    Le poète artiste

    Paul ValéryLe souci de la forme est bien sûr constant chez les poètes et des règles prosodiques s’élaborent peu à peu aux XVIe et XVIIe siècles (compte du « e muet » – diérèse/synérèse – césure – pureté des rimes…). Cette importance accordée au travail poétique passe par les Grands rhétoriqueurs de la fin du XVe siècle puis la Pléiade et les classiques (« Beauté, mon beau souci » dira François de Malherbe), avant de réapparaître au XIXe siècle en réaction aux effusions et aux facilités de la poésie romantique. Les théoriciens et praticiens de l’art pour l’art, partageant la conviction que « l’art vit de contraintes et meurt de liberté », comme le dira au siècle suivant Paul Valéry, défendront les règles traditionnelles (vers syllabique – rimes – poèmes à forme fixes comme le sonnet) avec Théophile Gautier ou les Parnassiens comme Théodore de Banville, Leconte de Lisle ou José-Maria de Hérédia. Cette conception esthétique ira même avec Mallarmé jusqu’à un certain hermétisme en cherchant à « donner un sens plus pur aux mots de la tribu » et à relever des défis formels (comme le sonnet en -ixe/-yx de Mallarmé – les Calligrammes d’Apollinaire…) que systématiseront au milieu du XXe siècle les jeux de l’Oulipo et de Raymond Queneau (Cent mille milliards de poèmes), Georges Perec ou Jacques Roubaud.

    On peut également, au delà du paradoxe apparent, rattacher à ce courant poétique qui met l’accent sur la « forme », les démarches d’Henri Michaux dont Le Grand Combat (Qui je fus ?, 1927) est écrit dans une langue inventée faite de suggestion sonore, ou encore les expérimentations « lettristes » d’Isidore Isou. Les impasses de cette poésie coupée de l’âme et parfois très rhétorique seront régulièrement combattues au nom de la souplesse et de la force de la suggestion, par exemple par Paul Verlaine et les poètes symbolistes ou décadentistes de la fin du XIXe siècle, qui revendiqueront une approche moins corsetée de la poésie. Cette conception d’un art libéré des contraintes l’emportera largement au XXe siècle où la poésie deviendra une expression totalisante, au delà des questions de forme.

    Le poète « lyrique »

    Lamartine Si le mot « poétique » a dans son acception quotidienne le sens d’harmonieux et de sentimental, c’est à l’importance de la poésie lyrique qu’il le doit. Celle-ci, orientée vers le « moi » du poète, doit son nom à la lyre qui, dans l’Antiquité, accompagnait les chants qu’on ne distinguait pas alors de la poésie mais ne doit pas à se limiter à la petite musique personnelle du poète chantant un des thèmes traditionnels et a priori poétiques comme l’amour, la mort, la solitude, l’angoisse existentielle, la nature ou la rêverie. En effet la poésie a su faire entrer la modernité dans le champ poétique y compris dans ses aspects les plus surprenants ou les plus prosaïques (« Une charogne » chez Baudelaire, la ville industrielle chez Verhaeren et le quotidien trivial chez Verlaine dans ces vers de Cythère, dans Les fêtes galantes, « l’Amour comblant tout, hormis / La faim, sorbets et confitures / Nous préservent des courbatures »…). En fait la variété des voix est extrême, avec cependant des courants dominants selon les époques, comme le romantisme et le symbolisme au XIXe siècle ou le surréalisme au XXe siècle.

    Les formes évoluent elles-aussi passant par exemple du long poème romantique (À Villequier de Victor Hugo ou les Nuits d’Alfred de Musset) au sonnet régulier de Baudelaire puis aux formes libres des symbolistes et à l’expression jaillissante de l’inconscient avec les Surréalistes avant la spontanéité de l’expression orale de Jacques Prévert dans Paroles par exemple.

    La poésie lyrique est pour le poète le canal d’expression privilégiée de sa sensibilité et de sa subjectivité que symbolise le Pélican (Nuit de mai) d’Alfred de Musset. Mais cette poésie va au-delà de la confidence pour exprimer l’humaine condition et Hugo proclame dans la Préface des Contemplations : « Quand je parle de moi, je vous parle de vous ! ». Ce « chant de l’âme », domaine privilégié du « je », auquel adhère cependant le destinataire, s’oppose donc à la poésie descriptive et objective voire rhétorique des Parnassiens ou à la Poésie narrative des romans du Moyen-Âge et au genre épique qui traite de thèmes héroïques et mythiques avec rythme et couleur ou encore à la poésie d’idées (Lucrèce – Ovide – Voltaire) pour laquelle la forme poétique n’est pas le souci premier.

    Le poète prophète, découvreur du monde Rimbaud L’art de la poésie est aussi traditionnellement associé au  » don de poésie « , c’est à dire à une fonction quasi divine du poète inspiré, en relation avec les Muses et le sacré, à qui revient le rôle de décodeur de l’invisible. C’est la conception de l’Antiquité représentée par Platon qui fait dire à Socrate (dans Ion) à propos des poètes : « Ils parlent en effet, non en vertu d’un art, mais d’une puissance divine  » . Au XVIe siècle, la Pléiade reprendra cette perspective et Ronsard écrira ces vers dans son  » Hymne de l’Automne  » :  » M’inspirant dedans l’âme un don de poësie,/ Que Dieu n’a concédé qu’à l’esprit agité/ Des poignants aiguillons de sa Divinité./ Quand l’homme en est touché, il devient un prophète  » ) et c’est dans cette lignée que s’inscriront les poètes romantiques et après eux Baudelaire et les poètes symbolistes. Cette fonction particulière du poète trouvera un partisan exemplaire avec Arthur Rimbaud qui dans sa fameuse lettre à Paul Demeny demande au Poète de se faire  » voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens  » et d’être  » vraiment voleur de feu « , et de trouver  » du nouveau, – idées et formes « , en évoquant ailleurs  » l’alchimie du verbe  » qui doit être l’instrument du poète-découvreur.

    Après la Première guerre mondiale et après Apollinaire, défenseur lui aussi de « L’esprit nouveau », les surréalistes, héritiers de cet enthousiasme rimbaldien, confieront à l’image poétique le soin de dépasser le réel et d’ouvrir des « champs magnétiques » novateurs mettant au jour l’inconscient, ce que formulera Louis Aragon dans Le Paysan de Paris en parlant de « l’emploi déréglé et passionnel du stupéfiant image ».

    Dans les années 50-70, revenant sur cette systématisation de l’image, les poètes s’orienteront davantage vers une poésie-célébration, un chant du monde orphique ou vers une poésie lyrique, chant de l’âme qui fait entendre la voix personnelle des poètes comme celle de Jules Supervielle, René Char ou Yves Bonnefoy.

    Le poète engagé

    HugoCependant, certains Romantiques et particulièrement Victor Hugo feront entrer le poète dans la Cité en lui attribuant un rôle de guide pour le peuple. De prophète, il devient Messie comme l’expose le célèbre  » Fonction du poète  » (les Rayons et les Ombres, 1837) où Victor Hugo définit le poète comme  » le rêveur sacré « , élu de Dieu  » qui parle à son âme « , devenu porteur de lumière et visionnaire,  » des temps futurs perçant les ombres « .La poésie engagée des Châtiments à la fois épiques et satirique sera l’étape suivante pour Victor Hugo qui se posera comme l’Opposant à  » Napoléon le petit « . Jehan Rictus témoigne avec sa poésie singulière de la vie des pauvres à la fin du XIXème siècle, contrastant avec le Naturalisme distancié de Zola.

    Les engagements religieux, (de Charles Péguy par exemple), ou idéologiques retrouveront au XXe siècle comme un lointain héritage de Ronsard (Discours) ou d’Agrippa d’Aubigné avec Louis Aragon, chantre du communisme (Hourra l’Oural, 1934), Paul Claudel, pétainiste en 1941 ( » Paroles au Maréchal « ) ou Paul Éluard (« Ode à Staline », 1950) ou encore Jacques Prévert et ses positions anarchisantes dans Paroles (1946-1949).

    Les poètes de la Négritude, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor notamment, représentent quant à eux une branche particulière de la poésie francophone du XXème siècle, dont l’engagement et les idées véhiculées, très forts, sont encore assez confidentiels en France. Le premier est le chantre des Antilles, ayant la volonté de « plonger dans la vérité de l’être »[4], hanté par la question du déracinement des descendants d’esclaves (Cahier d’un Retour au Pays Natal). Le second a créé une poésie à vocation universelle ayant l’espérance comme leitmotiv, l’utilisation de la langue française et les références positives à la culture françaises mêlent aux sujets historiques africains qu’il vivifie (Chaka).

    Mais c’est aussi  » l’honneur de poètes  » que d’avoir participé à la Résistance en publiant clandestinement des Ţuvres importantes. C’est le cas de Louis Aragon (Les Yeux d’Elsa, 1942 – La Diane Française, 1944), de Paul Éluard (Poésie et vérité, 1942 • Au rendez-vous allemand, 1944), de René Char (Feuillets d’Hypnos, 1946) ou de René-Guy Cadou (Pleine Poitrine, 1946). Les poètes ne seront d’ailleurs pas épargnés par l’extermination nazie : Robert Desnos mourra dans un camp allemand et Max Jacob dans le camp de Drancy.

    Dans la période récente, l’engagement des poètes semble être surtout le fait de chanteurs comme Léo Ferré ou Jean Ferrat, et aujourd’hui les rappeurs contestataires.

    La poésie d’Avant-Garde

    En parallèle de la poésie institutionnelle, s’est développée du XXème siècle, une poésie contestataire aussi bien au niveau politique, qu’au niveau linguistique. Cet élan, qui est synthétisé sous le nom d’avant-garde est né avec les Futuristes italiens et russes et le mouvement Dada, notamment Raoul Hausmann ou Kurt Schwitters. Les avant-gardes, loin de n’être que des épiphénomènes dans l’histoire de la poésie, ont traversé le siècle pour aboutir aux expériences littéraires développées par des écrivains comme Christian Prigent, Jean-Pierre Verheggen, visant une forme de déconstruction poétique de la modernité.

    La dénonciation sur laquelle s’appuie les avant-gardes est celle de la liaison entre le pouvoir politique et le langage, notamment le langage journalistique, tel que l’énonce d’emblée Hugo Ball. C’est pour cela que les avant-gardes visent une modernité négative, un retournement des valeurs, et recherchent une forme de langage non aliéné par la société, proche des intensités du corps. Les premières créations marquantes sont celles de Raoul Hausmann puis de Kurt Schwitters et son poème Ursonate. Il s’agit de créer un poème sonore, qui s’affranchit de l’intelligibilité courante des mots et qui par leur phonétisme, déclenche à une approche sensible. Dans cet horizon Antonin Artaud, se démarquant du surréalisme, tentera une approche poétique liée au souffle, que cela soit par la recherche d’un langage plus corporel (recherche de signes qu’il compare métaphoriquement aux hiéroglyphes).

    En liaison avec les recherches d’avant-garde, à partir des années 1950 est apparue une démarche poétique voulant rompre avec le livre. Ces créations, dans la lignée des approches sonores issues aussi bien de la musique bruitiste des futuristes italiens, que des approches phonétiques de Dada, en France, a eu comme représentant majeur Bernard Heidsieck, François Dufrêne et Henri Chopin, tous les trois inventeurs de la poésie sonore.

    Face à la radicalisation des avant-gardes, s’est développée à partir des années 1980 une approche plus post-moderne, liée en partie à l’objectivisme américain : effacement de l’auteur au profit de recherches formelles portant sur des langages para-littéraires. Cette approche a été visible avec les premiers textes publiés d’Olivier Cadiot, puis la création en 1989 de la Revue Java notamment animée par Jean-Michel Espitallier.

    Conclusion

    Le terme « poésie » recouvre des aspects très différents puisque celle-ci s’est dégagée d’une forme versifiée facilement identifiable et même du « poème », et il est sans doute plus commode de parler d' »expression poétique ». Néanmoins la spécificité du texte poétique demeure à travers sa densité qui exploite à la fois le son et le sens ; il est d’ailleurs difficile de traduire un poème dans une autre langue : faut-il se préoccuper d’abord du sens ou faut-il chercher à inventer des équivalences sonores et rythmiques ?

    Verlaine et Rimbaud Mais la question est posée de savoir si le rejet des procédés traditionnels du vers et de la rime n’a pas affaibli l’expression poétique : celle-ci est certes largement pratiquée comme en témoignent les blogs d’aujourd’hui, mais sa diffusion en librairie est bien rare pour les nouveaux poètes. Ils s’expriment d’ailleurs peut-être davantage avec le soutien de la musique dans le genre plus incertain de la poésie-chanson avec par exemple le rap ou le slam. Néanmoins chaque année voit refleurir le printemps des Poètes, réveillant malgré tout  » l’Homme indifférent au rêve des aïeux  » …

    En effet, à travers la Poésie, l’essentiel demeure la prise de conscience du pouvoir des mots et de la beauté de la langue, à commencer par une langue dite et écoutée. Pour l’amateur de poésie,  » au commencement est le Verbe  » et sa puissance créatrice qui nourrit la mémoire et transforme la nuit en lumière, comme le fait dire Jean-Luc Godard à son héros qui vient lutter contre un monde déshumanisé dirigé par un ordinateur dans « Alphaville ».

    Enfin, la poésie est bien sûr une expression littéraire universelle, mais le souci particulier d’exploiter les ressources complètes de la langue qui définit le genre a déterminé le choix des points d’appui limités à la langue française.

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    2) LA PROSE :

    Le poème en prose est une forme hybride, ni nouvelle ou histoire brève, ni poème au sens traditionnel, ce qui complique toute tentative de définition. Suzanne Bernard, dans sa thèse Le poème en prose de Baudelaire jusqu’à nos jours (Nizet, 1959) propose les critères suivants : Il s’agit d’un texte en prose bref, formant une unité et caractérisé par sa « gratuité », c’est-à-dire ne visant pas à raconter une histoire ni de transmettre une information mais recherchant un effet poétique. Un aperçu historique permettra mieux de saisir la problématique de cette forme.

    Précurseurs

    Le Moyen-Âge sépare strictement vers et prose (même si Guillaume de Machaut a pu les mélanger à l’intérieur d’un même texte : Le Livre du Voir Dit). Pour populariser des romans initialement écrits en vers, on en transpose certains en prose, mais cela se cantonne aux genres narratifs.

    Il faut attendre le XVIIè siècle pour voir les limites entre prose et poésie s’assouplir. Face à la prodigieuse prolifération de poèmes de circonstance admirablement versifiés mais insipides, jugés inférieurs aux textes de grands stylistes prosateurs, apparaît l’idée que le vers n’est pas synonyme de poésie. Certaines pièces de théâtre (en vers) sont ainsi transposées en prose (en général, il est vrai, très rythmée, à la manière du vers). Le carcan des règles établies par Malherbe et consolidées par Boileau ne laisse pas la place à certains auteurs d’exprimer leur sensibilité ; leur intérêt se déplace donc vers le roman, où se développe une prose poétique, rapidement reconnue par les contemporains. On parle de « poème en prose » pour La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, sans que ce terme recouvre la définition actuelle.

    Le rapprochement entre prose et poésie devient plus sensible vers la fin du siècle avec la publication de Télémaque de Fénelon, donné pour la suite de L’Odyssée d’Homère, le plus grand poète épique de l’Antiquité; et surtout au XVIIIè siècle, pendant lequel la prose poétique connaît un essor croissant avec Buffon dans ses descriptions d’animaux, Le Diable Amoureux de Cazotte, récit fantasmagorique, Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, et surtout Rousseau avec La Nouvelle Héloïse et Les Rêveries du Promeneur Solitaire.

    Origines

    Toutefois, la prose poétique restait de la prose, un moyen supplémentaire pour le romancier, une marque de son style, sans constituer une véritable forme de poème. Autour de 1800, pendant que se constitue le romantisme, les aspirations des écrivains tendent de plus en plus vers l’absolu. La poésie suscite à nouveau de l’intérêt (contrairement au siècle des Lumières où elle était considérée comme un ornement) et la versification sera assouplie, notamment par Victor Hugo. Cependant cela ne suffit pas pour certains tempéraments, qui se soumettent plus difficilement à la tyrannie de la rime et du mètre. Les traductions en prose de poésies d’outre-manche attribuées au mythique Ossian seront suivies par plusieurs textes brefs poétiques écrits par des auteurs moins connus aujourd’hui (Xavier Forneret, Jules Lefèvre-Deumier). D’autres donnent leurs écrits pour des traductions de poèmes étrangers ou anciens: La Guzcla de Mérimée, les Chansons madécasses d’Évariste Parny. François-René de Chateaubriand, très porté vers le lyrisme mais doté d’aucun talent pour les vers, écrit de nombreux et célèbres passages de ses livres en prose poétique. Vers la même époque Maurice de Guérin est l’auteur du Centaure, texte lyrique en prose long d’une dizaine de pages. C’est dans ce climat que Aloysius Bertrand publie en 1842 Gaspard de la Nuit, considéré comme le livre formateur du genre en France. Il utilise consciemment la forme de la ballade médiévale pour évoquer en prose des scènes oniriques ou fantastiques, plutôt des impressions que des récits. On considère cet auteur comme le véritable créateur du poème en prose.

    Le développement au XIXe siècle

    Le grands auteurs romantiques n’ont que peu d’égard pour cette nouvelle forme. En ont-ils seulement connaissance? C’est Baudelaire qui redécouvre le livre de Bertrand, tombé dans l’oubli. Il s’en inspire pour écrire le recueil Petits poèmes en prose dont le titre consacre la formule. Dans la lettre à son éditeur Arsène Houssaye qui sert de préface, Baudelaire explique que la prose est la plus apte à traduire la sensibilité de la vie moderne, surtout pour celle de la ville, qui devient ainsi l’un des thèmes de prédilection du poème en prose. À la suite de ce recueil, les nouvelles productions de ce type foisonnent. Mallarmé y contribue, ainsi que Rimbaud dans les Illuminations, Tristan Corbière, Charles Cros, etc. Sans doute cette forme prépare-t-elle le terrain pour l’émergence du vers libre . Le poème en prose est un genre difficile à cerner, se présentant souvent comme un récit bref, mais s’en distingant par la langue riche en images et en sonorités, les impressions fortes, l’absence de personnage bien caractérisé. Aucune délimitation n’est très satisfaisante, les textes produits sont parfois inclassables. Ainsi, Une Saison en Enfer de Rimbaud est peut-être plus un témoignage qu’un véritable poème. Vers la fin du Second Empire, le Comte de Lautréamont (pseudonyme d’Isidore Ducasse) publie les Chants de Maldoror, où se mêlent d’authentiques poèmes en prose, des fragments de roman, des descriptions de rêves et de fantasmes cruels, le tout formant un ensemble dominé par le personnage de Maldoror. Un poème en prose constitue pourtant une unité à lui seul. Peut-il ainsi s’intégrer dans un livre qui se veut pourtant une collection de « chants » ? Mais s’il faut élargir la définition, pourquoi ne pas y inclure des textes suscitant une forte impression, même s’ils se veulent récits ? (cf. les Contes Cruels de Villiers de l’Isle-Adam).

    Le XXe siècle

    Ces questionnements ne sont pas encore au goût du jour au tournant du siècle. La soif d’exotisme est propice à la publication de textes traitant d’un ailleurs mythique ou rêvé : Pierre Louÿs prétend traduire d’anciens poèmes grecs dans les Chants de Bilitis, Paul Claudel (Connaissance de l’Est) et Victor Segalen (Stèles) evoquent l’Asie. Les limites se font de plus en plus floues. Entre Saint-John Perse dont le verset deviendra démesuré au point de courir parfois sur presque toute une page et constituer quasiment un paragraphe de prose, entre Blaise Cendrars qui écrit la Prose du transsibérien en… vers (libres), entre André Gide dont Les Nourritures Terrestres sont constituées tantôt de poèmes en vers libres ou versets, tantôt d’extraits de journal, tantôt de prose poétique adressée à son disciple imaginaire Nathanaël, il est difficile de ne pas être désorienté. Après la première guerre mondiale, Max Jacob dans la préface au Cornet à Dés, tente d’établir une théorie du genre, mais qui répond mal à certaines questions. Pierre Reverdy (Poèmes en Prose) et à sa suite les surréalistes, attirés par l’image de modernité qui s’en dégage depuis ses débuts, ancrent le poème en prose définitivement dans la littérature française, que ce soit sous forme de petits récits oniriques (Poisson Soluble d’André Breton, La Nuit Remue et Un Certain Plume d’Henri Michaux), ou de courts textes dans le style des écritures automatiques comme chez Louis Aragon ou Paul Éluard. Des styles plus personnels apparaissent alors pendant, mais surtout après la Seconde Guerre mondiale. René Char utilise son langage laconique dans de nombreux poèmes en prose et rapproche cette forme de l’aphorisme. Francis Ponge expérimente dans Le Parti pris des choses la description minutieuse des objets quotidiens, démontrant une nouvelle fois la richesse du genre et son lien étroit avec le monde moderne qui nous environne. Pierre Jean Jouve sans doute le plus authentique héritier de Baudelaire au XXe siècle, reprend la forme du texte court et percutant dans ses Proses de 1960 pour revisiter toute son œuvre.

    Aujourd’hui

    Depuis 1945, la plupart des poètes se sont essayés de près ou de loin au poème en prose : Yves Bonnefoy avec Rue Traversière et autres récits en rêve découvre la poésie qui peut résider dans des textes narratifs qui ne sont pas des simples histoires, brouillant ainsi encore plus les genres. Jacques Dupin y déploie son langage rude et beau, selon des rythmes particuliers. Chez Philippe Jaccottet (Paysages avec figures absentes), il s’apparente à l’essai sur l’art. André du Bouchet le ponctue de blancs, caractéristiques de son écriture, ce qui dissout le texte, au point que l’on ne sait où le ranger: prose ou vers? Michel Deguy pratique deux types d’écriture dans ce genre: l’une plutot réflexive, l’autre à proprement parler « poétique ». On peut citer aussi des auteurs comme James Sacré, Jacques Réda, etc. Si le poème en prose a gagné du terrain en supprimant la limite qui existait entre prose et poésie (ce qui se voit dans le roman où l’emploi de la prose poétique s’est généralisé), il demeure à l’affût de nouveaux domaines par le brouillage des limites anciennes et nouvelles, en particulier par l’exploration des expressions hybrides, entre poésie et roman (Emmanuel Hocquard, Olivier Cadiot avec Futur, Ancien Fugitif, Pierre Alféri avec Fmn, Nathalie Quintane avec Début et Cavale), Danielle Sarréra, pseudonyme du romancier Frédérick Tristan. Matthieu Messagier avec Orant propose un « poème », comme il dit, courant sur presque 800 pages de prose, ce qui est très loin de la définition habituelle. Souvent proche des arts plastiques (Le Sujet Monotype de Dominique Fourcade), le poème en prose est au cœur des préoccupations de la poésie contemporaine, dans son souci de dire à la limite du dicible, parfois jusque dans une langue répétitive, presque informe (Christophe Tarkos dans Anachronisme) ou au contraire kaléidoscopique, fragmentée, (Caroline Sagot-Duvauroux). Laurent Bourdelas, contribue au genre avec plusieurs livres regroupant des « fragments », comme « Le Chemin des indigotiers » (sujet d’une émission sur France Culture en 2003) ou « Les Chroniques d’Aubos ». On peut se demander si le journal intime et le carnet de notes pourraient s’apparenter au genre. (André Blanchard, mais aussi le journal de Robert Musil).

    Ailleurs

    Né en France, le poème en prose s’est propagé dans tout le monde. On trouve des auteurs qui l’ont pratiqué dans les pays anglophones (Oscar Wilde, T.S. Eliot), en Russie (Ivan Tourguéniev, en Allemagne (Rainer Maria Rilke, Stefan George, Günter Eich, Helga Novak, Sarah Kirsch), en Autriche (Friederike Mayröcker). Voir aussi certaines nouvelles très brèves de Kafka et les « microgrammes » de Robert Walser. On trouve ces poèmes aussi aux Etats-Unis et même en Inde (Udayan Vajpeyi).

    On y voit aussi des auteurs dits insulaires, tels Aimé Césaire, Emmanuel Juste, Ernest Pépin, Edouard Glissant, Boris Gamaleya et Khal Torabully explorer cette forme, avec des variantes personnelles, se débarrassant d’une gangue classique formelle trop rigide pour leurs écrits dont l’expérimentation avec la forme ne saurait être coupée de leur contenu intrinsèque

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